Droit aérien

Crash aérien : comment se constituer partie civile

La constitution de partie civile est l'acte fondateur de la défense des victimes et de leurs proches après une catastrophe aérienne. Modalités et stratégie.

EK
Elio KOUBBIAvocat au Barreau de Paris
6 min de lecture
Cockpit d'avion vu depuis l'intérieur avec instruments de bord
Photo : Patryk Grądys sur Unsplash

La catastrophe aérienne fait basculer des vies en quelques secondes. Pour les survivants et les proches des victimes, la constitution de partie civile est souvent le premier acte juridique posé dans une procédure qui peut durer plus d'une décennie.

TL;DR

  • La constitution de partie civile ouvre l'accès au dossier d'instruction et le droit de demander des actes.
  • Elle peut être faite par les victimes directes et leurs ayants droit (conjoint, parents, enfants, fratrie).
  • Elle s'effectue par déclaration au greffe, par lettre recommandée ou à l'audience.
  • Le délai pour se constituer partie civile court jusqu'à l'audience de jugement.

Le cadre juridique

L'article 2 du Code de procédure pénale dispose que :

L'action civile en réparation du dommage causé par un crime, un délit ou une contravention appartient à tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par l'infraction.

Cette définition apparemment simple a donné lieu à une jurisprudence extensive en matière de catastrophe aérienne. La Cour de cassation reconnaît la qualité de victime non seulement aux passagers et à leurs proches directs, mais aussi aux personnes liées par un attachement affectif établi (compagnon, demi-frères et sœurs, beaux-parents dans certains cas).

Qui peut se constituer partie civile ?

Les victimes directes

Les passagers survivants, mais aussi les personnes blessées au sol. Le préjudice corporel ouvre droit à indemnisation intégrale.

Les ayants droit

En cas de décès, peuvent se constituer partie civile :

  • le conjoint et le partenaire de PACS ;
  • le concubin notoire ;
  • les enfants, y compris adoptifs ;
  • les parents et grands-parents ;
  • les frères et sœurs ;
  • selon les cas, d'autres proches établissant un préjudice moral.

Chacun de ces proches subit un préjudice propre : préjudice d'affection, préjudice économique pour les personnes à charge, préjudice d'accompagnement.

Les personnes morales

Les associations de défense des victimes peuvent se constituer partie civile sous conditions. Les compagnies d'assurance subrogées dans les droits de leurs assurés peuvent également intervenir.

Comment se constituer partie civile ?

Trois voies coexistent en pratique.

La constitution par voie d'action

Lorsqu'aucune procédure n'est ouverte, la victime peut déposer plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d'instruction. Cette procédure déclenche l'ouverture d'une information judiciaire.

Elle suppose le versement d'une consignation, modulée selon les ressources de la partie civile. Cette consignation peut être réduite ou dispensée pour les personnes en situation précaire.

La constitution par voie d'intervention

Dans les catastrophes aériennes, c'est la voie majoritaire. Une information est généralement ouverte dès le sinistre par le parquet. La victime se constitue alors partie civile en cours d'instruction, par lettre recommandée adressée au juge d'instruction.

La constitution à l'audience

Elle est possible mais moins favorable, car elle ne permet pas de bénéficier de l'instruction. La déclaration peut être faite avant les réquisitions du ministère public.

Les droits de la partie civile

"Se constituer partie civile, c'est passer du statut de spectateur d'une procédure à celui d'acteur. Cela donne le droit de comprendre, de demander, de contester, de plaider."

Une fois constituée, la partie civile bénéficie de droits étendus :

  1. L'accès au dossier d'instruction, par l'intermédiaire de son avocat.
  2. Le droit de demander des actes d'instruction (auditions, expertises, perquisitions).
  3. Le droit de contester les ordonnances du juge d'instruction devant la chambre de l'instruction.
  4. Le droit d'assister aux audiences et de plaider à l'audience de jugement.
  5. Le droit à la réparation intégrale des préjudices subis.

Les préjudices indemnisables

Le droit français pose le principe de la réparation intégrale. Les préjudices indemnisables sont nombreux et catégorisés par la nomenclature dite Dintilhac.

Préjudices patrimoniaux

  • Frais médicaux et d'hospitalisation ;
  • Frais d'obsèques ;
  • Perte de gains professionnels ;
  • Perte de revenus pour les ayants droit ;
  • Frais divers (déplacements, expertise, traduction).

Préjudices extrapatrimoniaux

  • Souffrances endurées ;
  • Préjudice esthétique ;
  • Préjudice d'agrément ;
  • Préjudice d'affection (pour les proches) ;
  • Préjudice d'accompagnement (pour les proches d'une victime survivante atteinte de séquelles).

L'évaluation de ces préjudices nécessite généralement une expertise médicale et économique, et fait l'objet de discussions techniques approfondies.

L'articulation avec l'indemnisation directe par la compagnie

La Convention de Montréal du 28 mai 1999, ratifiée par la France, impose aux compagnies aériennes une indemnisation rapide en cas de décès ou de blessure d'un passager. Cette indemnisation, dans la limite de 128 821 droits de tirage spéciaux par passager (environ 160 000 euros), est due sans qu'il soit besoin d'établir une faute.

Au-delà de ce plafond, la compagnie peut s'exonérer en démontrant l'absence de faute. La constitution de partie civile pénale et l'action civile parallèle restent les voies privilégiées pour obtenir une indemnisation intégrale.

En résumé

La constitution de partie civile est un acte technique qui engage durablement la victime dans la procédure pénale. Bien menée, elle ouvre des leviers considérables d'information et d'action.

Pour les familles confrontées à une catastrophe aérienne, l'accompagnement par un avocat spécialisé permet de naviguer sereinement dans une procédure longue et complexe. Le cabinet intervient à chaque étape, du dépôt de plainte initial à la plaidoirie devant la juridiction de jugement.

Mots-clés

  • constitution partie civile
  • crash aérien
  • victimes catastrophe aérienne
  • article 2 code procédure pénale
  • indemnisation victimes
  • droit aérien

Questions fréquentes

Pour aller plus loin

Qui peut se constituer partie civile après un crash aérien ?
Toute personne ayant personnellement souffert du dommage causé directement par l'infraction peut se constituer partie civile (article 2 du Code de procédure pénale). Cela inclut les victimes survivantes et leurs proches, les conjoints, parents, enfants, frères et sœurs, ainsi que les personnes vivant en concubinage avec la victime.
À quel moment peut-on se constituer partie civile ?
À tout moment de la procédure, depuis le dépôt de plainte jusqu'à l'audience. Une constitution précoce permet d'accéder au dossier, de demander des actes d'instruction et de peser sur l'orientation de l'enquête.
La partie civile peut-elle être indemnisée si l'auteur est relaxé ?
Oui, dans certaines conditions. Depuis la loi du 8 juillet 1983, le tribunal correctionnel peut, en cas de relaxe, accorder une réparation à la partie civile sur le fondement de la responsabilité civile, lorsque les éléments de l'action publique permettent d'établir une faute civile.