Article available in French
The full content of this article is currently available in French only. An English and Spanish version will be published soon. For a consultation in your language, please contact the office.
Le délit de blanchiment occupe aujourd'hui une place centrale dans le contentieux pénal financier. Sa formulation très large, sa transposition européenne et son articulation avec les obligations de vigilance bancaire en font une infraction redoutable pour les acteurs économiques exposés.
TL;DR
- Le blanchiment est défini largement par l'article 324-1 du Code pénal.
- Il peut être poursuivi indépendamment de l'infraction d'origine.
- Une présomption d'origine illicite pèse sur les flux atypiques (article 324-1-1).
- L'élément moral est le terrain principal de la défense.
Le texte d'incrimination
L'article 324-1 du Code pénal dispose :
Le blanchiment est le fait de faciliter, par tout moyen, la justification mensongère de l'origine des biens ou des revenus de l'auteur d'un crime ou d'un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou indirect.
Constitue également un blanchiment le fait d'apporter un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit.
Cette définition s'articule autour de deux comportements distincts :
- La justification mensongère des biens ou revenus.
- Le concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion.
Les deux comportements peuvent coexister dans un même dossier mais sont juridiquement autonomes.
Les éléments constitutifs
L'infraction sous-jacente
Le blanchiment suppose une infraction d'origine, qualifiée de crime ou de délit ayant procuré un profit. Cette infraction peut être :
- un délit douanier ;
- une fraude fiscale ;
- un trafic de stupéfiants ;
- une corruption ;
- un abus de biens sociaux ;
- toute autre infraction génératrice de profit.
L'identification précise de cette infraction n'est pas toujours nécessaire. La Cour de cassation admet de longue date que le blanchiment peut être caractérisé sur la base d'éléments matériels établissant l'origine illicite, sans qualification juridique précise de l'infraction d'origine (Crim. 25 juin 2003, n°02-86.182).
L'élément matériel
Le placement, la dissimulation ou la conversion peuvent prendre des formes variées :
- versement sur un compte bancaire ;
- achat immobilier ;
- acquisition d'œuvres d'art ;
- transferts internationaux complexes ;
- structures sociétaires opaques ;
- crypto-actifs.
La diversité des techniques utilisées par les délinquants explique la formulation très large du texte.
L'élément moral
C'est le cœur de la défense. La jurisprudence exige que l'auteur ait connaissance de l'origine illicite des fonds.
"L'élément moral du blanchiment est l'arme principale de la défense. Démontrer que le client n'avait pas conscience de l'origine litigieuse des fonds, ou qu'une diligence raisonnable a été accomplie, est souvent décisif."
Cette connaissance peut être :
- directe : le mis en cause savait précisément.
- probable : il ne pouvait ignorer compte tenu des circonstances.
- résultant d'une légèreté blâmable : il aurait dû s'interroger.
La jurisprudence est exigeante sur la preuve de l'élément moral, sans toutefois admettre l'aveuglement volontaire.
La présomption d'origine illicite
L'article 324-1-1 du Code pénal, issu de la loi du 6 décembre 2013, a introduit une présomption simple :
Les biens ou les revenus sont présumés être le produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit dès lors que les conditions matérielles, juridiques ou financières de l'opération de placement, de dissimulation ou de conversion ne peuvent avoir d'autre justification que de dissimuler l'origine ou le bénéficiaire effectif de ces biens ou revenus.
Cette présomption renverse la charge de la preuve. Lorsque l'opération est manifestement opaque, atypique ou injustifiée, c'est au mis en cause de fournir une explication crédible.
L'enjeu pratique : une opération bancaire structurée pour échapper aux seuils de déclaration, un mouvement de fonds vers une juridiction non coopérative, l'absence de justification économique d'un transfert sont autant de signaux qui peuvent activer la présomption.
Le rôle de TRACFIN
Le service Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits Financiers clandestins (TRACFIN) reçoit les déclarations de soupçon des professionnels assujettis (banques, notaires, experts-comptables, avocats dans certaines hypothèses).
Une déclaration de soupçon TRACFIN est souvent le déclencheur de l'enquête. Elle n'est pas accessible aux parties au cours de l'enquête mais peut être versée au dossier en cas de poursuite.
L'article 561-1 et suivants du Code monétaire et financier organisent ces obligations. Les enjeux pour les professionnels exposés sont considérables.
Les axes de défense
Contester l'élément moral
C'est le terrain principal. La défense doit démontrer :
- l'absence de connaissance de l'origine illicite ;
- la cohérence économique apparente des opérations ;
- les vérifications effectuées (KYC, due diligence) ;
- l'absence de signal d'alerte raisonnablement perceptible.
Contester la présomption
La présomption de l'article 324-1-1 est simple. Elle peut être renversée par la preuve d'une justification économique réelle. L'analyse comptable et financière du dossier est cruciale.
Soulever la prescription
Le délai de prescription de l'action publique en matière de blanchiment est de six ans à compter de la commission des faits. Ce délai peut être suspendu en cas d'investigations à l'étranger, ce qui est fréquent dans ces dossiers.
Contester la régularité de la procédure
Les enquêtes pour blanchiment mobilisent souvent des techniques spéciales (perquisitions, écoutes, géolocalisation, infiltrations). Toute irrégularité dans la mise en œuvre de ces techniques peut être soulevée.
Les peines
L'article 324-1 prévoit pour le blanchiment simple cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende. Les peines sont doublées en cas de blanchiment aggravé (article 324-2) :
- commission de manière habituelle ;
- utilisation des facilités procurées par l'exercice d'une profession ;
- commission en bande organisée.
Des peines complémentaires majeures peuvent être prononcées : confiscation des biens, interdiction d'exercer, fermeture d'établissement, dissolution de la personne morale.
En résumé
Le blanchiment est une infraction technique au champ très large. Sa défense exige une maîtrise du droit pénal et du droit financier, ainsi qu'une analyse économique fine des flux contestés. L'intervention précoce d'un avocat spécialisé est déterminante.
Le cabinet accompagne les acteurs économiques mis en cause dans des procédures de blanchiment, en lien avec les enquêtes TRACFIN et les autorités françaises et étrangères.
Keywords
- blanchiment d'argent
- article 324-1 code pénal
- élément moral blanchiment
- défense blanchiment
- TRACFIN
- présomption blanchiment